L'inférence


Les trois principaux moyens de connaissance sont :
- La perception directe,
- L'inférence,
- Le témoignage oral ou écrit.

L'inférence est l'une des composantes principales de la logique, science de raisonnement et d'argumentation justes. Ce moyen de connaissance doit être étudié très sérieusement.

L'inférence sert à faire connaître l'existence d'une chose qu'on ne perçoit pas directement, en prenant pour moyen de raisonnement un indice perceptible ayant pour spécificité incontestable d'être en concomitance réelle avec cette chose. Par exemple, la fumée a incontestablement pour spécificité d'être en concomitance invariable avec le feu.

Les convictions relevant de l'inférence sont nombreuses. Mais les règles fondamentales de l'inférence ne sont pas toujours bien respectées ; par conséquent les conclusions de l'inférence ne sont pas toujours justes ; beaucoup d'entr'elles sont erronées, particulièrement dans le domaine dit spirituel. Or, pour mener à bien notre vie privée et sociale, il est indispensable d'éviter d'être dans l'erreur. C'est bénéfique pour soi-même et pour autrui. En bref, l'étude de l'inférence ne peut pas être écartée de la quête spirituelle.

En conformité avec l'enseignement vedantique, nous allons donc présenter succinctement les attributs fondamentaux de l'inférence ainsi qu'un bref commentaire explicatif.

D'après le Nyaya (traité de logique fondamentale) l'inférence comporte cinq membres dont aucun ne peut être négligé si l'on veut établir sans erreur la validité de l'existence d'un objet de connaissance non directement perçu.

Les cinq membres de l'inférence :

1 - L'énonciation. (Il y a du feu derrière la colline).

2 - L'indice. (Parce que je vois de la fumée qui s'élève de derrière la colline).

3 - L'exemple illustré. (Or, il n'y a jamais de fumée sans feu ).

4 - La corroboration par l'exemple. (Par exemple, la fumée qui sort d'une cheminée).

5 - La conclusion approuvée. (Donc, il y a bien du feu derrière la colline).

Conditions principales de la validité d'une inférence :

Pour que la conclusion d'une inférence soit juste, l'objet de l'inférence et son indice doivent exister véritablement, dans un lieu réel (*). La possibilité de les percevoir doit être certaine pour que chacun puisse connaître leur existence. L'indice sert de clé de voûte à l'inférence. Pour établir une conclusion incontestable il ne suffit pas que l'indice ainsi que le lieu ou il se situe soient réellement perceptibles, il faut aussi, et nécessairement, que l'indice soit en "concomitance invariable" avec la chose à inférer. Par le mot "concomitance", il faut entendre la coexistence de deux éléments (présence de deux éléments ou absence de deux éléments). Par conséquent, en connaissant l'un des deux comme indice, on peut inférer l'existence de l'autre.

Sans cette concomitance invariable, la connaissance d'une chose non perçue directement ne peut pas être établie avec certitude. Par exemple supposons que quelqu'un nous dise: " Il y a de la fumée parce que je vois du feu". Ce serait une erreur de se fier à un tel raisonnement car le feu n'est pas nécessairement un indice en concomitance invariable avec la fumée: Il peut y avoir du feu dans un objet sans qu'aucune fumée ne s'en dégage (par exemple dans le cas d'un morceau de fer incandescent). Par contre la fumée est toujours en concomitance invariable avec le feu, d'où l'adage célèbre : " il n'y a jamais de fumée sans feu ".

Pour bien se rendre compte de l'utilisation courante de la concomitance dans notre vie prenons un autre exemple. A priori nous ne connaissons pas les sentiments ou les pensées des gens que nous rencontrons. Néanmoins, dans notre esprit une concomitance s'établit entre certains états mentaux et certains gestes, expressions du visage, ou autres indices dont nous savons bien par expérience à quelles pensées ils sont normalement associés. Et c'est grâce à cette concomitance que nous pouvons avoir une connaissance adéquate de l'état d'esprit de nos interlocuteurs : incompréhension, doute…
En percevant telle mimique (indice), on infère le doute de l'interlocuteur (doute qu'on ne peut pas percevoir directement). Evidemment la validité d'une telle concomitance n'est pas assurée si nous avons à faire à des personnes falsificatrices ou malhonnêtes. Toutefois, dans ce cas-là, d'autres indices nous permettent souvent de découvrir la tromperie (par exemple l'orientation indirecte, le brouillage du regard, etc. )

 

(*) Le Nyaya développe trois sortes de concomitances invariables.

[Pour une connaissance plus approfondie : étude du Nyaya, enseignement transmis par Swami Sraddhananda Giri (audio). Une présentation plus complète de l'inférence se trouve dans l'ouvrage "Samkhya Karika" ainsi que dans la revue "Message du Vedanta". Voir aussi, dans ce Site, les rubriques principales de l'enseignement du Vedanta]

 

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