Introduction au Vedanta



Image d'éclosion lumineuse d'un lotus

Eclairer sa conscience, essayer de trouver en soi-même la solution au problème des souffrances, cela peut paraître surprenant ; ce n'est pas très habituel. S’interroger sur les possibilités de limitations et de faiblesses de son propre ego, envisager la possibilité d’une connaissance confuse ou fragmentaire de soi-même, reconnaître franchement les aspects relatifs et illusoires des croyances individuelles ou collectives, ce n'est pas une mince affaire. Certaines personnes ont du mal à aller dans ce sens. Par attachement excessif à des phénomènes relatifs et éphémères (objectifs ou subjectifs), par soumission à des croyances aliénantes ou sous l'emprise de désirs insatiables, elles ne mettent pas en cause leur être propre, elles ne se posent pas de questions sur la validité des désirs, croyances et comportements dépendants de l’état de leur propre conscience.

Un être humain non avisé croit avoir une connaissance juste de soi et de la vie. Dans ce cas pourquoi douterait-il ? Pourquoi adopterait-il une voie de recherche spirituelle, une voie d'éclaircissement de son propre esprit ?

Tout individu a l’impression d'exister en tant que soi-même, en tant qu'ego, en tant qu’être conscient. Néanmoins, pour un grand nombre d'êtres humains, cette impression ne constitue pas un état de conscience pleinement satisfaisant. Une prise de conscience évasive ne peut être confondue avec une révélation authentique car elle n’a pas pour fruit la plénitude de soi qu’offre la certitude ; plénitude que chacun, en son for intérieur, souhaite vivre réellement. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que cette révélation incertaine de soi-même - partielle, incomplète -, résulte d'une superposition, sur la conscience claire, de perceptions sensorielles, émotionnelles, sentimentales, imaginaires, intellectuelles ou autre, instables, éphémères, transitoires.

Comme l'enseigne le vénérable Sankaracarya, la conscience individualisée, (notion de je, ego), se présente manifestement comme une sorte de mélange confus de vraie réalité et de pseudo-réalité. Aucun être vivant (végétal, animal, humain…), quel que soit le degré de limitation de ses instruments naturels de perception, n'est complètement dépourvu de la révélation de soi-même. Cependant, l'être humain peut prendre conscience de la confusion que nous venons d'indiquer et des voiles d'ignorance qui font obstacle à la clarté de sa conscience.

L'être humain peut prendre la responsabilité de découvrir sa vraie 'nature', son 'essence' véritable. [Note 2]

Par l'observation et l'analyse nous pouvons écarter certains attributs grossiers ou subtils faussement associés à la notion de ‘je’ ; beaucoup de gens peuvent le faire, même ceux qui n'adoptent pas une voie spirituelle enseignée et organisée avec sagesse. La simple réflexion le permet. Mais l'enseignement vedantique va plus loin. Il nous certifie qu'il est possible d'écarter de la conscience tous les attributs extrinsèques qui, par ignorance et illusion, s'y superposent. C'est cette possibilité de dévoilement intégral de la Conscience que l’enseignement du Vedanta peut nous faire découvrir afin que nous puissions vivre réellement la Joie de la Conscience, la plénitude de Soi.


Image du Dieu Shiva

Pour faire face aux sceptiques et répondre correctement à leurs interrogations, cet enseignement présente des arguments justifiant que le Soi réel n'est ni le ‘corps grossier’ ni le ‘corps subtil’ des êtres individualisés.

Le Soi n'est pas le corps grossier car les ‘états’ de ce corps se succèdent : les diverses apparences physiques de l'enfance s'en vont ; arrivent ensuite les diverses apparences physiques de la jeunesse puis de la vieillesse.

De même sur le plan mental : les opinions, les projets, les idéologies…, les ‘états d’esprit’, changent avec le temps. Et pourtant, le Soi demeure, le ‘Soi-Conscience’ est toujours là.

Le Principe révélateur est toujours présent même si notre corps et notre esprit changent d’aspect, de lieu ou d’état. Cela prouve que le Soi, (notre réelle identité), reste identique alors que nos divers états physiques et mentaux se manifestent et disparaissent successivement.

Toutefois, les ‘matérialistes’ croient que le corps et les facultés sensorielles et mentales constituent le soi réel. Mais, cette croyance est irréaliste. Nous faisons des expériences avec des organes corporels différents (oreilles, mains, yeux...) et des facultés sensorielles différentes (ouïe, toucher, vue...), ainsi qu'avec des facultés mentales distinctes (entendement, compréhension, imagination...). Cependant, nous constatons directement qu'un seul et même Soi se profile derrière toutes ces expériences. Par conséquent, les organes sensoriels grossiers et subtils, les diverses facultés de perception grossières et subtiles, ne peuvent être confondus avec le soi révélateur ('Soi-Conscience').

Dans le cas de l'état de rêve, différent de l'état de veille, le Soi révélateur se distingue aussi du véhicule corporel et des phénomènes mentaux qu'il révèle. Au réveil, nous constatons que la plupart de ces manifestations, révélées par notre propre conscience et vécues comme étant vraiment réelles, étaient irréalistes par rapport à celles de l’état de veille que nous prenons ordinairement pour des manifestations réalistes.

Dans l'état de sommeil profond, la prise de conscience de soi (ego) et la manifestation des divers phénomènes physiques et mentaux perçus habituellement par cette conscience, ne s’effectuent pas. Pourtant, lorsque nous nous réveillons, nous avons conscience d’avoir vécu personnellement un ‘sommeil de plomb’. Qui était donc le révélateur de cette absence de percevant et de perception ? Qui était donc le révélateur de ce profond sommeil ?


En fait, pendant le sommeil profond, la conscience, les fluctuations sensorielles et les facultés mentales individuelles sont en inertie. Ce n'est pas un état de réelle inconscience comme certains le croient. C’est tout simplement un état d’inertie rendant impossible la notion de ‘je’ et la manifestation des sensations, émotions et autres états de la conscience individuelle (je, ego).

Au réveil, le souvenir, résultant de la révélation de l’absence du percevant individuel et de ses perceptions, est la preuve indubitable qu’un état de Conscience, un état de Soi, - révélateur d’un état différent de l’état de veille et de l’état de rêve -, était présent lors du sommeil profond. La manifestation, au réveil, du souvenir d’un état de sommeil profond serait impossible sans la présence d’une Conscience-Témoin coexistant simultanément avec la réalisation de cet état.

Mais, cette Conscience-Témoin n’est pas perceptible au moyen de nos observations habituelles grossières ou subtiles. La Conscience-Témoin n’est pas un ‘objet’ de perception individuelle. Ce n’est pas un état individuel. C’est un état universel. Cette Conscience-Témoin existe incontestablement, sinon, je le répète, la révélation, par soi-même, d'un état différent des états de veille et de rêve, ne serait pas possible.

D’après la sagesse vedantique, ce Témoin est ‘lumineux’ (révélateur) par Lui-même. Sa ‘lumière’ (son pouvoir révélateur) est illimitée, elle ne peut s’interrompre d’aucune manière, dans aucun cas. Elle ‘éclaire’ (elle révèle) – illimitativement - quels que soient les états transitoires (veille, rêve, sommeil profond) ou non transitoires (quatrième état).


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